J’ai décidé de me lancer dans une nouvelle série intitulée 72hrs in … Cette série a tout simplement un nom emprunté. Je le dis tout de suite parce que l’idée originale mérite d’être présentée avant que je parle de ce que j’ai décidé d’en faire.

72 hrs in… est un concept de Finn Beales, photographe primé gallois que j’ai découvert grâce à mon ami Thibaudd. J’ai décidé de m’en inspirer pour documenter mes propres voyages à l’étranger / week-ends en France ou encore de simples escapades ailleurs quand l’occasion se présente. Mais avant d’en parler, voilà d’où ça vient.


Finn est basé à Hay-on-Wye, petite ville coincée entre l’Angleterre et le Pays de Galles. Au début de sa carrière, il était photographe attitré du Hay Festival — festival littéraire fondé en 1988 dans sa ville natale, qui organise aujourd’hui des événements dans une quinzaine de pays. Ces festivals duraient un week-end. Vendredi, samedi, dimanche. 72 heures sur place, puis retour. Trop court pour vraiment s’imprégner d’un endroit, en théorie. Mais Finn en a fait autre chose.

Quand il partait en mission pour un client, il s’imposait de créer en parallèle un travail purement personnel, capturer le lieu et son ambiance. Une façon de documenter sa relation au lieu, sans consigne, sans livrable. La contrainte des 72 heures devenait un filtre : pas le temps de chercher la carte postale, pas le temps non plus de tourner en rond. Juste assez pour documenter ce lieu, son atmosphère et son ambiance.

C’est comme ça que la série a grossi. Dhaka en 2011, le long de la rivière Buriganga. Le Kerala, pendant le Hay Festival en Inde. Veracruz au Mexique, où il a failli avoir de vrais ennuis en pointant son 70-200 vers de mauvaises personnes lors d’un concert — des membres d’un cartel, tatoués en Z, qui lui ont fait comprendre assez clairement qu’il était temps de ranger l’objectif. L’Islande en 2014 sur la ring road. L’île de Skye. Fogo Island, ce bout de rocher au large de Terre-Neuve. Le Rwanda en 2018, à marcher en forêt de bambous à la recherche d’une famille de gorilles — il finira à portée de main du Silverback pendant une heure, sans que l’animal ne bronche.

Voici quelques-unes des ces oeuvres :

Photo 1
© Finn Beales - Rwanda
Photo 2
© Finn Beales - Fogo Island
Photo 3
© Finn Beales - Scotland
Photo 4
© Finn Beales - Hong-Kong
Photo 5
© Finn Beales - Ireland
Photo 6
© Finn Beales - Bangladesh

Ce que je trouve intéressant dans son approche, c’est qu’il ne fait pas que des grandes images. Il sait les réaliser : des ciels immenses, des paysages qui écrasent mais il les assemble avec des détails : un geste flou, une lumière de biais sur un mur, quelqu’un qui ne regarde pas l’objectif. C’est ce rythme-là, entre l’épique et l’anodin, qui donne à la série son caractère. On n’est pas en train de feuilleter un reportage de voyage. On suit quelqu’un dans un endroit qu’il essaie de comprendre en trois jours.

La série n’est plus disponible directement sur son site. La page d’index a disparu, quelques épisodes restent accessibles si on connaît les URLs exactes :

Ce sont les seules URLs que j’ai réussit à retrouver mais on ressent clairement en parcourant son site que cette série n’est plus quelque chose qu’il cherche à maintenir actif. Il a par contre publié un livre, 72 hours: Volume 1, qui compile une sélection de destinations : Islande, Alberta, Californie du Nord, Pacific Northwest, Terre-Neuve. Introuvable aujourd’hui, épuisé partout (et j’ai cherché, croyez moi). C’est un peu dommage, parce que c’est exactement le genre de travail qui méritait un objet physique.


Ma version sera plus modeste que ce soit géographiquement et visuellement. Même contrainte de temps (enfin je vais essayer ou pas), même idée derrière : voir ce qu’on retient d’un endroit quand on n’a pas le luxe de s’y installer et de partager avec vous une découverte.

Ce premier article est une présentation de la série, une façon de rendre à Finn Beales ce qui lui appartient permettant de rendre un hommage à cette magnifique série et à ce grand artiste.

A bientôt sur eckodeath.fr

Kurt G.


Post Scriptum : Thibaudd a également lancé sa propre série depuis quelques mois qu’il a lui même adapté en fonction de ses envies, voici certains liens :