J’ai installé une application d’émulation début août, sur mon iPhone. Pas de projet derrière tout ça, une vidéo YouTube sur l’émulation tombée dans mon fil un soir et du coup l’envie d’essayer avant d’aller me coucher m’a envahi. Je m’attendais à tester cinq minutes et refermer l’appli. Trois mois après, j’y joue tous les jours et j’ai même fini par acheter une manette Backbone, celle qui se branche en USB-C et dans laquelle le téléphone vient se coincer directement, comme une console à part entière.
La première chose que j’ai relancée, c’est Pokémon Rouge. L’écran titre est apparu exactement comme dans mon souvenir, la même musique compressée, le même logo qui tremble légèrement au démarrage. Je n’avais pas rouvert ce jeu depuis l’école primaire. Le bouton pour le sac, le bouton pour annuler, l’ordre dans lequel défilent les menus : tout ça est revenu avant même que j’aie eu le temps d’y repenser consciemment.
Depuis, je fais les jeux dans l’ordre de sortie, un par un. Je ne commence pas le suivant tant que le précédent n’est pas fini. Rouge et Bleu, puis leurs remakes FireRed et LeafGreen. Or et Argent, puis HeartGold et SoulSilver. Enfant, je faisais l’inverse : j’arrêtais un jeu à moitié dès qu’un copain me prêtait le suivant, ou dès qu’un nouveau sortait en boutique. Je n’ai jamais battu la Ligue Pokémon avant cette année, sur aucune version, alors que j’y ai joué pendant une bonne partie de mon enfance.
Le Pokédex prend beaucoup de mon temps de jeu, plus qu’à l’époque où je capturais juste ce qu’il fallait pour avancer dans l’histoire. Là, je vérifie les zones d’apparition dans des guides en ligne, je recommence quand une capture rate, je fais des allers retours dans une même zone jusqu’à tomber sur l’espèce qu’il me manque. Je le remplis largement, sans aller au bout : les échanges entre versions et certaines évolutions demandent un deuxième joueur ou une condition précise à une heure précise, et je joue seul, un seul téléphone, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Une partie de la liste restera toujours vide. Je le savais avant de commencer.

Avec la Backbone, l’expérience change concrètement. Sur l’écran tactile, le doigt glisse sur du verre plat, sans retour, sans à-coup. Avec la manette, le bouton s’enfonce, résiste, clique et le déplacement à l’écran suit avec un tout petit décalage, le temps que l’appui soit reconnu. Même code, même sauvegarde, deux sensations différentes. Sur un jeu où le personnage avance case par case sur une grille, ce petit décalage suffit à faire toute la différence : au doigt, j’ai l’impression de pousser un curseur ; à la manette, j’ai l’impression de déplacer un personnage.
Je n’avais pas anticipé le temps que ça prendrait réellement. Finir un jeu Pokémon avec un Pokédex bien rempli n’est pas une affaire de week end. Je n’ai pas compté les heures précises, je ne les ai pas suivies, mais deux mois n’ont suffi que pour une toute petite poignée de générations sur les neuf qui existent. Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour arriver au bout de la liste, ni si j’irai vraiment jusque là. Pour l’instant, chaque soir où j’ouvre le jeu suffit comme réponse.
A bientôt sur eckodeath.fr
Kurt G.